Miguel NICOLAS Fiscalité franco-néerlandaise La conserverende aanslag expliquée aux contribuables installés en France

La conserverende aanslag expliquée aux contribuables installés en France

La conserverende aanslag est l’exit tax néerlandaise : une imposition émise par le fisc des Pays-Bas au moment où un actionnaire quitte le pays — par exemple pour s’installer en France. Elle arrive par courrier, affiche un montant souvent considérable, et presque rien n’existe en français pour l’expliquer. Voici comment elle fonctionne, ce qui la rend réellement payable, et comment la gérer — ou la contester — depuis la France.

Qu’est-ce que la conserverende aanslag ?

Littéralement, une « imposition conservatoire ». Lorsqu’un résident des Pays-Bas détenant une participation substantielle dans une société émigre, le droit néerlandais traite ce départ comme une vente fictive de ses titres. La Belastingdienst calcule alors l’impôt sur la plus-value latente — la différence entre la valeur des titres au jour du départ et leur prix d’acquisition — et l’inscrit dans un avis d’imposition particulier : la conserverende aanslag.

Le mot « conservatoire » dit l’essentiel : cet impôt de sortie est constaté, mais pas encaissé. Un sursis de paiement l’accompagne. Autrement dit, vous ne payez rien au départ — la créance fiscale néerlandaise dort. Toute la question est de savoir ce qui peut la réveiller.

Qui reçoit une conserverende aanslag au départ des Pays-Bas ?

Le cas le plus connu vise les détenteurs d’un aanmerkelijk belang : en principe, une participation d’au moins 5 % dans une société — néerlandaise ou non —, dont les revenus relèvent de la « box 2 » néerlandaise. Dirigeants de leur BV, entrepreneurs, actionnaires familiaux : ce sont eux qui reçoivent l’avis, parfois plusieurs mois après le déménagement, dans la foulée de la déclaration de l’année du départ (le formulaire M).

Deux précisions importantes. D’abord, le seuil de 5 % est bien plus bas que ceux de l’exit tax française — beaucoup de contribuables sont donc concernés aux Pays-Bas sans l’avoir jamais été en France. Ensuite, le point de départ de tout est la perte de la résidence fiscale néerlandaise : une question de fait, que nous détaillons dans notre article sur la résidence fiscale France–Pays-Bas et ses preuves.

Le sursis de paiement : une dette en sommeil, sans limite de durée

Pour un départ vers la France, État membre de l’Union, le sursis est accordé automatiquement, sans garantie à fournir. Mais une évolution majeure est intervenue : pour les émigrations antérieures au 15 septembre 2015, la dette s’éteignait d’office après dix ans. Ce délai a été supprimé. Pour les départs postérieurs à cette date, la conserverende aanslag n’expire plus : elle vous suit aussi longtemps que vous détenez les titres.

Concrètement, un contribuable parti en 2016 ou en 2022 porte donc une dette potentiellement à vie. Ce n’est pas une raison de paniquer — tant que rien ne la déclenche, elle reste lettre morte. C’est en revanche une raison de ne plus jamais toucher à ses titres sans vérification préalable.

Les événements qui rendent la conserverende aanslag exigible

Trois familles d’événements peuvent réveiller la dette, en tout ou partie :

  • la cession des titres — vente, apport, échange, liquidation de la société : l’impôt devient exigible à hauteur des titres concernés ;
  • les distributions de dividendes — depuis la réforme de 2015, une distribution peut entraîner le recouvrement proportionnel de l’imposition, même partielle ;
  • certaines restructurations — fusion, transformation, transfert du siège : chaque opération s’examine avant d’être décidée.

C’est le piège central du dispositif. Le dirigeant installé en France qui se verse un dividende de sa BV « comme avant » peut, sans le savoir, déclencher le recouvrement d’une imposition qu’il croyait théorique — et cumuler ce paiement néerlandais avec l’impôt français dû sur le même dividende. L’ordre des opérations, leur calendrier et leur documentation font toute la différence.

Vous avez reçu une conserverende aanslag, ou vous envisagez une distribution, une vente ou une restructuration alors que vous en portez une ? Faites examiner l’opération avant de la décider. Le cabinet vous remet une consultation écrite qui chiffre les conséquences aux Pays-Bas et en France, et ordonne les étapes.

Demander une consultation

Pensions et lijfrente : l’autre conserverende aanslag

Moins connu : le dispositif ne vise pas que les actionnaires. Au départ des Pays-Bas, une imposition conservatoire peut aussi être émise sur la valeur des droits à pension constitués aux Pays-Bas et des contrats de rente (lijfrente). Là encore, rien n’est dû tant que vous laissez ces droits suivre leur cours normal jusqu’à la retraite.

Ce qui réveille cette dette-là, c’est l’opération interdite : le rachat du contrat, la renonciation, ou un transfert non agréé du capital de pension. De plus, le régime diffère de celui des actionnaires — pour ces impositions, l’extinction après une période de dix ans demeure en principe la règle, et la compatibilité du dispositif avec les conventions fiscales a nourri une jurisprudence fournie, jusqu’à la Hoge Raad. Retraité néerlandais installé en France ou futur retraité : votre pension se gère donc avec la même précaution que des titres.

Vivre en France avec une conserverende aanslag

Installé en France, vous relevez désormais de deux systèmes sur les mêmes titres. La France vous impose comme résident sur vos dividendes et, à terme, sur votre plus-value de cession. Les Pays-Bas, eux, conservent leur créance conservatoire sur la valeur accumulée avant le départ. La convention fiscale franco-néerlandaise organise ce partage, mais elle ne s’applique pas toute seule : il faut la faire valoir, déclaration par déclaration, des deux côtés.

Trois réflexes protègent votre situation. D’abord, conserver toute la documentation du départ : valorisation des titres, avis d’imposition, décisions de sursis. Ensuite, déclarer correctement en France les revenus de la société néerlandaise. Enfin, avant chaque événement affectant les titres, faire chiffrer l’effet combiné — néerlandais et français. Pour le trajet inverse, celui du résident français qui part aux Pays-Bas, le mécanisme symétrique est décrit dans notre article sur l’exit tax lors d’un départ aux Pays-Bas.

Contester ou faire réduire l’imposition : les leviers

Une conserverende aanslag n’est pas une fatalité. Plusieurs leviers existent, chacun avec ses délais :

  • la réclamation (bezwaar) contre l’avis lui-même — notamment lorsque la valorisation des titres est excessive ou que la résidence fiscale au jour du départ est discutable ; le délai est court (six semaines en principe), d’où l’importance de réagir dès réception ;
  • la contestation du recouvrement — lorsque l’administration réclame le paiement après un événement, le calcul de la part exigible et la qualification de l’événement se vérifient ;
  • les demandes de remise (kwijtschelding) — dans certaines situations, une réduction ou une extinction de la dette peut être demandée, par exemple lorsque la valeur des titres a chuté depuis le départ ou pour les dettes relevant de l’ancien régime décennal.

Chaque levier suppose de lire les pièces néerlandaises dans le texte et de respecter des procédures spécifiques. C’est un travail d’avocat — et il commence idéalement le jour où l’avis arrive, pas le jour où le recouvrement tombe.

Un avocat pour votre conserverende aanslag : ce que le cabinet sécurise

Le cabinet intervient sur les quatre temps du dossier : l’analyse de l’avis reçu — assiette, valorisation, résidence — et l’opportunité d’un bezwaar dans le délai ; la gestion du sursis depuis la France, avec la cartographie des opérations à geler ou à préparer ; le chiffrage préalable de toute distribution, cession ou restructuration, dans les deux droits ; et la défense, en cas de recouvrement ou de double imposition, jusqu’aux procédures amiables prévues par la convention. Les pièces néerlandaises sont lues en néerlandais, depuis notre bureau de Rotterdam, et la coordination avec un confrère advocaat est organisée lorsqu’une procédure locale l’exige — vous gardez un interlocuteur unique.

FAQ — conserverende aanslag

Comprendre l’imposition

Dois-je payer la conserverende aanslag immédiatement ?

Non, en principe. Pour un départ vers la France, un sursis de paiement est accordé automatiquement, sans garantie. Vous ne payez que si un événement y met fin : cession des titres, distribution de dividendes, certaines restructurations. En revanche, le délai pour contester l’avis, lui, court dès sa réception.

La conserverende aanslag s’éteint-elle après dix ans ?

Plus maintenant, pour la plupart des contribuables. L’extinction décennale automatique a été supprimée pour les émigrations postérieures au 15 septembre 2015. Les départs antérieurs relèvent encore de l’ancien régime ; pour les autres, la dette subsiste tant que les titres sont détenus.

Un dividende de ma BV peut-il déclencher le paiement ?

Oui, c’est le cas le plus fréquent. Depuis la réforme de 2015, une distribution peut entraîner le recouvrement proportionnel de l’imposition conservatoire — en plus de l’impôt français dû sur ce même dividende comme résident. D’où la règle : chiffrer avant de distribuer, jamais l’inverse.

Pensions et retraite

La conserverende aanslag concerne-t-elle aussi ma pension néerlandaise ?

Oui, c’est le second volet du dispositif. Une imposition conservatoire peut être émise au départ sur la valeur de vos droits à pension et de vos contrats de lijfrente. Elle ne devient exigible qu’en cas d’opération interdite — rachat, renonciation, transfert non agréé. Tant que la pension suit son cours normal jusqu’à la retraite, rien n’est dû, et cette imposition s’éteint en principe après dix ans.

Agir depuis la France

Puis-je contester une conserverende aanslag depuis la France ?

Oui. La réclamation (bezwaar) se dépose auprès de la Belastingdienst dans un délai court à compter de l’avis — six semaines en principe. La valorisation des titres et la réalité de la perte de résidence néerlandaise sont les terrains de contestation les plus fréquents. Passé ce délai, d’autres leviers subsistent au stade du recouvrement.

Que se passe-t-il si je vends mes titres en France ?

Deux conséquences se cumulent. Les Pays-Bas recouvrent la conserverende aanslag à hauteur des titres cédés. La France impose par ailleurs la plus-value selon ses propres règles de résident. L’articulation des deux — assiettes, imputations, convention — se prépare avant la signature, car c’est elle qui détermine le coût réel de l’opération.

Existe-t-il la même chose en sens inverse, pour un départ de France ?

Oui : l’exit tax française joue un rôle comparable lorsqu’un résident de France transfère sa résidence aux Pays-Bas, avec ses propres seuils et son propre sursis. Les deux dispositifs peuvent d’ailleurs se succéder dans une même vie de dirigeant mobile — raison de plus pour tenir à jour la documentation de chaque départ.

Avis reçu, courrier du percepteur néerlandais, projet de distribution ou de cession : exposez votre situation en quelques lignes, avec la date de votre départ des Pays-Bas. Le cabinet vous indique sous bref délai le cadre d’intervention adapté et ses conditions, avant tout engagement.

Exposer ma situation au cabinet

Maître Miguel NICOLAS, avocat en fiscalité franco-néerlandaise — barreau de Paris, inscrit au barreau de Rotterdam, docteur en droit. Cabinet à Paris, bureau à Rotterdam. Interventions en français, néerlandais et anglais. Nederlandstalige cliënten : nicolasadvocaat.nl.

Related Post